Bienvenue sur mon blog

Ma liberté d’esprit et la vérité de moi-même

naturefleur.jpg

Nous avons plus de force que de volonté et c’est souvent pour nous excuser à nous-même que nous imaginons que les choses sont impossibles

———–

Tout ce que j’ai reçu jusqu’à présent pour le plus vrai et assuré , je l’ai appris des sens , ou par les sens ; Or j’ai quelquefois éprouvé que ces sens étaient trompeurs et il est de la prudence de ne se fier jamais entièrement à ceux qui nous ont une fois trompés.

Mais encore que leur sens nous trompent quelquefois touchant les choses peu sensibles et fort éloignées , il s’en rencontre peut-être beaucoup d’autres , desquelles on ne peut pas raisonnablement douter , quoique nous les connaissons par moyen, par exemple que je sois ici , assis auprès du feu , vêtu d’une robe de chambre ayant ce papier entre les mains et autre chose de cette nature. Et comment est-ce que je pourrais nier que ces mains et corps-çi soient à moi? si peut-être que je me compare à ces insensé, de qui le cerveau est tellement troublé et offusqué par les noires vapeurs de la bile, qu’ils assurent constament qu’ils sont des rois , lorsqu’ils sont vêtus d’or ou de pourpre, lorsqu’ils sont tout nus ou s’imaginent êtres des cruches ou avoir un corps de verre. Mais quoi ce sont des fous et je ne serais pas moins extravagant , si je me réglais sur leurs exemples.

Toutefois, j’ai ici à considérer que je suis homme , et par conséquent que j’ai coutume de dormir et de me représenter en mes songes les mêmes choses ou quelquefois de moins vraisemblables que ces insensés lorsqu’ils veillent. Combien de fois m’est-il arrivé de songer la nuit que j’étais en ce lieu que j’étais habillé ,que j’étais auprès du feu , quoique je fusse tout nu dedans mon lit, il me semble bien à présent que ce n’est point avec des yeux endormis que je regarde ce papier, que cette tête que je remue n’est point assoupie que c’est avec dessein et de propos délibéré que j’étends cette main et que je la sens ; ce qui m’arrive dans le sommeil ne semble point si clair , ni si distinct que tout ceci. Mais en y pensant soigneusement  je me ressouviens d’avoir été souvent trompé lorsque je dormais par de semblables illusions. Et m’arrêtant sur cette pensée je vois si manifestement qu’il n’y a point d’indices concluants, ni de marques assez certaines par où l’on puisse distinguer nettement la veille avec le sommeil , que j’en suis tout étonné et mon étonnement est tel qu’il est presque capable de me persuader que je dors.

23 février, 2009 à 11:49


Laisser un commentaire